
Un tour dans le Parnasse
Montagne d'Apollon et des Muses, à cheval entre la Béotie et la Phocide, le mont Parnasse est l'une des plus hautes montagnes de Grèce. De village en alpage, entre site archéologique et sports d'hiver, une plongée dans cette terre bénie des dieux.
À un peu plus de deux heures d’Athènes, le mont Parnasse culmine à 2 457 m et déroule ses paysages majestueux alternant montagnes, forêts et vastes plateaux. Troisième sommet de Grèce après les monts Olympe et Smolikas, le Parnasse est dans la mythologie la montagne d’Apollon. Après avoir parcouru la Grèce, le dieu solaire choisit les contreforts du Parnasse pour établir son sanctuaire au pied des grandioses Phédriades, deux falaises calcaires de 700 m de haut. Situé au cœur de la Grèce, sur un axe reliant l’est à l’ouest du pays, Delphes est le centre du monde depuis que deux aigles envoyés par Zeus, des deux extrémités du disque terrestre, s’y seraient retrouvés.





Le sanctuaire d'Apollon à Delphes
On ne peut qu’acquiescer en entendant un visiteur français répéter ébahi que ce lieu est « béni des dieux ». Béni des dieux, certes mais gagné de haute lutte, car il fallut à Apollon tuer Python, un serpent qui gardait ce sanctuaire de la divinité Gaïa. Afin de se purifier de ce meurtre fondateur, le dieu dut s’exiler, mais aussi organiser les Jeux Pythiques, seconds en importance après ceux d’Olympie. À la différence de ceux-ci, les jeux de Delphes comprenaient en plus des épreuves sportives des compétitions artistiques en lien avec les attributs du dieu. Depuis les gradins du grand théâtre qui pouvait accueillir 4 500 spectateurs, le panorama s’ouvre sur la vallée grandiose du Pléistos et sur le temple d’Apollon.
Au cœur de ce temple se déroulaient les oracles, jouant un rôle essentiel dans la renommée et l’importance du sanctuaire. Apollon, dieu-devin, y était consulté pour prédire l’avenir. Il répondait aux questions par l’intermédiaire de la Pythie, une femme du village, qui transmettait ses prophéties aux prêtres, chargés ensuite de les interpréter pour le consultant. Les oracles portaient sur des sujets d’ordre privé ou religieux, mais pouvaient également influencer des décisions politiques majeures, qu’il s’agisse de la fondation d’une colonie ou de l’issue d’une bataille. Delphes devint ainsi l’un des quatre sanctuaires panhelléniques de Grèce et rayonna pendant plus de mille ans (de la fin du VIIᵉ siècle au IV ᵉ siècle après J.-C.) sur la destinée du monde grec.
Après l’abandon du sanctuaire, un village se construisit sur le site, le scellant pendant des siècles et le protégeant ainsi du pillage. En 1436, le voyageur Cyriaque d’Ancône fit une description des ruines de Delphes qui étaient en partie visibles. À sa suite plusieurs périérgètes parcoururent le Parnasse, parmi lesquels Gustave Flaubert qui visita Delphes en janvier 1851.
Lorsque l’École Française d’Athènes commença la fouille du site en 1896, elle dut d’abord démonter, déménager puis reconstruire le village à plusieurs centaines de mètres. Cette fouille, fondatrice pour l’archéologie française, mit à jour des œuvres et monuments d’une incroyable richesse et permit de reconstituer une grande partie du sanctuaire, faisant de Delphes et de son paysage grandiose, l’un des plus beaux sites de Grèce.



L'Antre Corycien
En quittant Delphes par le sentier E4, les chemins de traverse mènent après un peu plus de 4 h de marche à un autre trésor du mont Parnasse, l’Antre Corycien. Cette immense grotte de plus de 60 m de long et 12 m de haut qui impressionne et laisse bouche bée, était dédiée aux Nymphes et à Pan. Utilisée depuis le Paléolithique, elle connut son apogée en même temps que le sanctuaire d'Apollon voisin. Les Nymphes coryciennes étaient intégrées au cycle des divinités delphiques, associées à Apollon, et l'Antre fonctionnait à l'époque classique comme une annexe du sanctuaire de Delphes. En quittant le ventre protecteur de l’Antre Corycien, qui plusieurs fois servit d’abri aux populations locales contre les envahisseurs, on met quelques minutes avant de retrouver ses repères, ébloui par la lumière retrouvée. L’esprit des Nymphes nous suivra encore un peu, lorsqu’en s’attardant sur les routes de montagne, on rencontrera au détour d’un alpage, des troupeaux de vaches ou de moutons qui paissent paisiblement. Rêveur, on se dit que cette scène pourrait avoir cent ans, mille ans…



Les sommets enneigés du Parnasse
En descendant dans la plaine de Livadia, aujourd’hui constellée de chalets et autres constructions contemporaines, la silhouette enneigée du Mont Parnasse se fait imposante. Entre Fterolakka et de Kellaria s’étend le plus grand domaine skiable de Grèce. Inauguré en 1975, il se compose de 21 pistes, dont trois de compétition internationale. Ce sont les salariés français de l’usine Aluminium de Grèce, une filiale de Péchiney, qui furent les premiers à dévaler les pistes du mont Parnasse. Le ski était très présent dans la culture d’entreprise de Péchiney, qui était traditionnellement implantée en territoire montagnard. Comme les sports de montagne étaient quasi inexistants en Grèce dans les années 1960, l’entreprise entreprit de se doter de ses propres infrastructures qui seront construites en même temps que l’usine. Aujourd’hui plus développée les remontées mécaniques s’appellent Hermès, Ulysse ou Aphrodite !
Pour ceux qui préfèrent à la glisse, la solitude d’une randonnée en raquette, l’agence Trekking Hellas vous accompagne sur les cîmes enneigées où le silence confère au sacré. Depuis le toit du Parnasse, le spectacle est magnifique, au blanc immaculé de la neige succède dans le lointain le bleu scintillant du Golfe de Corinthe.



Les villages d'Eptalophos et d'Arachova
De part et d’autre, les pentes du mont Parnasse accueillent quelques très beaux villages. Bordée d’une rivière, la jolie place d’Eptalofos est entourée de nombreuses tavernes prises d’assaut en hiver. Au centre, une fontaine à l’eau glacée jaillit d’un immense platane et fait la joie de gamins courant tout autour. Sur un autre versant du Parnasse, Arachova est plus développée. Ce gros village s’étire le long de la route principale en direction de Delphes. Avec ses nombreux bars, restaurants et boutiques Arachova est devenue une station huppée allant jusqu’à prendre le surnom de « Mykonos hivernale » , un clin d’œil à leurs points communs : un sanctuaire d’Apollon, Delphes pour Arachova et Delos pour Mykonos, et un esprit festif et branché. En effet, pendant les vacances ou les week-ends d’hiver les bars d’Arachova rivalisent de décibels jusque tard dans la nuit.
Bien que touristique Arachova a réussi à préserver plusieurs de ses traditions. Ainsi, la broderie survit grâce à la fête de Saint Georges, le saint patron de la ville et des bergers. Chaque année pendant trois jours, à partir 23 avril (ou du lundi de Pâques si le 23 avril tombe pendant le Carême), les habitants revêtent leurs habits traditionnels brodés de fils d’or pour participer aux festivités. À la procession de l’icône du saint se succèdent des joutes sportives où les hommes mesurent leurs forces en veston et fustanelles et des danses au son de la flûte et du tambour.
Préparée par encore quelques familles, dont celle de Panayiotis Kokovos, la formaela est une autre tradition du village. On savoure ce fromage hivernal au lait de brebis, protégé par une AOP, légèrement grillé, servi avec des légumes en saumure et un verre de tsipouro.






La mer d'oliviers et Galaxidi
En direction du golfe de Corinthe pour une dernière halte, on traversera la mer d’oliviers de la plaine d’Amfissa et ses quelque 1,5 million d’arbres. À perte de vue, ces oliveraies classées par l’Unesco, sont inondées quelques jours avant la récolte, selon une tradition locale. Ce décor surprenant, où les oliviers semblent pousser au milieu d’un lac, nous accompagne jusqu’à la mer.
En longeant la côte vers Naupacte, le paysage change, la terre se fait rouge, chargée en bauxite. Bientôt nous arrivons à Galaxidi, un adorable petit village les pieds dans l’eau. Côte à côte, s’alignent les façades colorées des maisons de capitaine parfois décorées de figure de proue à la poitrine généreuse qui égayent le front de mer et témoignent du riche passé maritime du village. En plein hiver, attablés dans le port en plein soleil, on déguste des fruits de mer et du poisson qui viennent d’être pêchés. Presque incrédules on contemple, juste de l’autre côté du golfe, les pentes enneigées du mont Parnasse que l’on dévalait le matin même. Elles semblent si proches, qu’on pourrait presque les toucher du doigt...





